Tribune co-écrite par Théo Challande, initiateur du projet Un pour cent en faveur des sans-abris à Marseille,

et Michèle Rubirola, Conseillère Départementale des Bouches-du-Rhône (EELV).

 

Ce que dit le spectaculaire effondrement de deux immeubles aujourd’hui à Marseille

 

Ce matin, lundi 5 novembre 2018, deux immeubles de la rue d’Aubagne s’effondrent. Les images sont spectaculaires. On s’inquiète d’éventuelles victimes. « Dans le quartier, on dit qu’il y avait peut-être des squats », indique une habitante sur France Info. « De possibles victimes mais pas de certitude« , a confié Pierre Dartout, préfet de la région Paca, dans La Provence. Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille, n’hésite pas à prédire le pire : « Ce qui compte c’est que l’on trouve le moins de morts possible… mais nous pensons qu’il y en aura« .

Les (potentielles) victimes sont des « morts de la rue ». Des « morts de la rue », il y en a eu plusieurs dizaines à Marseille cette annnée. Sans-abris, squatteurs, « roms », réfugiés, mineurs étrangers isolés, la rue ne les a pas épargnés. Eux aussi ont été dans des immeubles squattés, délabrés, insalubres et dangereux. Ou auraient pu être dans un des deux immeubles qui se sont effondrés aujourd’hui.

Peut-être étaient-ils d’ailleurs dans un des deux immeubles qui se sont effondrés aujourd’hui.

 

Les morts de la rue

 

Ils sont plutôt jeunes, souvent anonymes, sans-abris. Ils sont environs plus de 500 à mourir chaque année en France dans la rue et à cause de la rue (*Source: www.mortsdelarue.org). A Marseille, on en dénombre plusieurs dizaines tous les ans.

Un jeune homme de 17 ans, mort de la rue, dans le 10ème arrondissement de Marseille, le 14 janvier 2018. Marc, 60 ans, mort de la rue, dans le 7ème arrondissement de Marseille, le 10 février 2018. David, entre 52 et 55 ans, dans le 13ème arrondissement de Marseille, mort de la rue, en février 2018. Un homme, 40 ans environs, mort de la rue, dans le 15ème arrondissement de Marseille. Brigitte, 45 ans environs, morte de la rue, à Marseille, en mars 2018. Etienne Azor, dit Michel, 68 ans, mort de la rue, dans le 2ème arrondissement de Marseille, le 3 avril 2018. Un homme, 32 ans, mort de la rue, dans le 2ème arrondissement de Marseille, le 26 avril 2018. Un homme, 31 ans, mort de la rue, dans le 7ème arrondissement de Marseille, le 29 juillet 2018. Un homme, 50 ans environ, mort de la rue, dans le 8ème arrondissement de Marseille, le 13 septembre 2018.

On se rappelle aussi particulièrement, du décès par les flammes, dans l’incendie du squat Cazemajou, en décembre 2017. Ce même squat où vivent aujourd’hui dans des conditions indignes les enfants scolarisés à l’école Révolution, que notre association tente d’aider.

 

Aveuglement et inaction

 

Il y a d’abord les conclusions immédiates, que les habitants du quartier expriment avec colère. Ils pointent le manque de réaction des pouvoirs publics: « On l’avait signalé, ça fait plusieurs mois qu’on dit que ces immeubles vont s’effondrer ! ». L’immeuble 63 appartenait d’ailleurs à la Ville. Mais il y a aussi une réalité sociale, mise en lumière par cet effondrement. « Selon des témoins, [l’immeuble] avait été évacué et muré il y a quinze jours. Mais les occupants seraient revenus. » indique France 3 Provence Alpes Côte d’Azur.

Un toit est un besoin fondamental et une sécurité contre les dangers de la rue: les aggressions, les vols, les viols, les maladies, etc. Alors qu’environ 13.000 personnes sont sans-abris à Marseille, près de 37.000 logements sont laissés vacants. Toutes ces personnes, dont plusieurs centaines d’enfants, vivent dans des conditions indignes. Une voiture, un bidonville, un squat, à même le sol en pleine rue, dans des locaux municipaux de stockage de matériel des plages, sans eau ni chauffage ni électricité,…  On dénombre même 40.000 logements insalubres. Des dizaines de milliers d’habitants vivent dedans, en complète insécurité.

Cet effondrement de deux immeubles illustre bien plus qu’un manque de réaction des pouvoirs publics. Il s’agit plutôt de l’aveuglement et de l’inaction structurelle des institutions et des politiques depuis 23 ans au pouvoir.

L’urgence sociale est manifeste. Et pourtant, ils ne le voient pas, n’agissent pas.

Pire, ils conviennent de politiques publiques en décalage avec la réalité sociale. 340.000€ de budget dépensés pour construire un mur sur La Plaine, afin de protéger les travaux de la vindicte populaire suite à la mauvaise gestion du dialogue entre les aménageurs et les habitants. 340.000€, soit suffisament d’argent pour reloger 25 sans-abris pendant un an.

Mais il y a aussi et surtout les expulsions de squats décidés par la Préfecture. Celles-ci ne prévoient pratiquement jamais de solutions de relogement pour les familles expulsées. Les enfants de la République se retrouvent mis à la rue par l’Etat. « Chaque évacuation représente en moyenne six mois de déscolarisation pour un enfant. » explique Jane Bouvier de l’association Ecole au Présent sur son Facebook.

Agir ou laisser mourir

 

L’espérance de vie d’un(e) sans-abris est de 48 ans en moyenne. Plus de 25% des enfants confiés à l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance), se retrouvent à la rue à 18 ans, 75% d’entre eux ne seront pas diplomés. 13.000 personnes sont sans-abris à Marseille dont plusieurs centaines d’enfants. 860.000 Marseillaises et Marseillais ne peuvent-ils pas aider 13.000 sans-abris?

Il nous faut agir, collectivement, ou nous serons responsables d’avoir laissé mourir.

 

Michèle Rubirola / Théo Challande 

Crédits photos: Sur la page Facebook de la Préfecture des Bouches-du-Rhône,  

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